Travailler quand on est sourd ou malentendant : RQTH, aménagements et aides, mode d'emploi

Travailler quand on est sourd ou malentendant : RQTH, aménagements et aides, mode d'emploi

Réunions où l'on décroche au bout de dix minutes, téléphone impossible, pauses café où tout se joue sans vous : travailler avec une surdité demande souvent beaucoup d'énergie, et on ne sait pas toujours que des droits et des aides existent pour le faciliter. Cet article fait le tour de l'essentiel : la RQTH, les aménagements possibles, les aides financières, et la question que tout le monde se pose, faut-il en parler à son employeur ?

La RQTH, c'est quoi exactement ?

La RQTH, c'est la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. C'est une décision administrative qui ouvre l'accès à des mesures pour garder son emploi ou en trouver un. Elle concerne les personnes dont les possibilités de travailler sont réduites par une atteinte physique, sensorielle, mentale ou psychique, ce qui inclut la surdité et la malentendance.

Quelques points importants à connaître :

  • Elle n'est pas obligatoire. Elle n'est pas nécessaire pour travailler ni pour se former.
  • La demande est personnelle. C'est vous (ou votre représentant légal) qui la faites, pas votre employeur.
  • Elle ne change ni votre salaire ni votre contrat. En revanche, elle donne accès à des aides et à des dispositifs d'accompagnement.
  • Elle compte dans l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés que doivent respecter les employeurs concernés.
  • En cas de licenciement, le préavis est doublé, sans pouvoir dépasser trois mois.

Comment faire la demande

La demande se dépose auprès de la MDPH de votre département, en ligne si le service existe chez vous, sinon par courrier avec le formulaire et les pièces justificatives demandées. Le dossier est ensuite examiné par la commission des droits et de l'autonomie (CDAPH).

  • Délai de réponse : 4 mois. Au-delà, le silence vaut refus.
  • En cas de refus : un recours préalable auprès de la MDPH est obligatoire, dans les 2 mois.
  • Durée : la RQTH est accordée de 1 à 10 ans, renouvelable, et peut être attribuée sans limite de durée si la situation ne peut pas évoluer favorablement.
  • Renouvellement : il n'est pas automatique. Pensez à le demander environ 4 mois avant la date de fin. Votre demande prolonge la RQTH jusqu'à la décision.

Un conseil de bon sens : ne repoussez pas la démarche, car les délais sont longs. Les organismes qui connaissent bien ces dossiers recommandent de la déposer dès que possible, sans attendre d'en avoir besoin.

Les aménagements possibles au poste de travail

Tout dépend de votre surdité, de votre façon de communiquer et de votre métier. Quelques pistes, qui se combinent :

  • Pour les réunions : transcription écrite en direct, sous-titrage automatique à relire avec prudence, interprète en langue des signes française (LSF) ou codeur en langue française parlée complétée (LfPC), en présentiel ou à distance
  • Pour le téléphone : messagerie écrite, courriel, chat, visio avec sous-titres ou interprétariat, redirection des appels vers un collègue
  • Pour le matériel : casque ou dispositif compatible avec votre appareil auditif, boucle magnétique en salle de réunion, alertes lumineuses ou vibrantes (sonnette, alarme, minuteur)
  • Pour l'organisation : comptes rendus écrits systématiques, consignes par écrit plutôt qu'à l'oral, ordre du jour envoyé à l'avance, tour de parole respecté
  • Pour l'environnement : bureau placé loin des zones bruyantes, éclairage permettant de voir les visages, salle de réunion avec peu d'écho

Rien de tout cela n'est un luxe : ce sont des moyens de compenser une situation de handicap pour travailler dans les mêmes conditions que les autres. Quand l'employeur en est informé, il peut mettre en place les aménagements nécessaires, et c'est là qu'interviennent les aides financières.

Les aides financières à connaître

L'Agefiph est l'organisme qui finance une grande partie des aides pour les salariés du secteur privé en situation de handicap. Deux aides intéressent particulièrement les personnes sourdes et malentendantes :

  • L'aide à l'aménagement des situations de travail (AST) : elle finance des moyens techniques, humains ou organisationnels pour adapter le poste (matériel, logiciels spécifiques, interprétariat, tutorat, etc.). Elle est généralement demandée par l'employeur, ou par la personne elle-même si elle travaille à son compte.
  • L'aide humaine en compensation du handicap : elle participe au financement d'une personne qui réalise une tâche à votre place ou à vos côtés. L'exemple donné par l'Agefiph est justement l'intervention d'un interprète en LSF pour une personne sourde. Le montant peut aller jusqu'à 4 200 euros, et vous pouvez faire la demande vous-même en ligne.

Ces aides peuvent se combiner avec d'autres financements, comme la prestation de compensation du handicap (PCH) versée par la MDPH. Les montants, plafonds et conditions évoluent régulièrement : vérifiez toujours les informations à jour sur le site de l'Agefiph ou auprès de votre conseiller avant de monter un dossier.

Pour les fonctionnaires, le financement passe par un autre organisme (le FIPHFP). Si vous êtes dans la fonction publique, rapprochez-vous de votre référent handicap pour savoir comment faire.

Faut-il en parler à son employeur ?

C'est probablement la question la plus sensible, et la réponse est : vous n'y êtes pas obligé. Déclarer sa RQTH à son employeur n'est pas obligatoire. Mais si vous voulez bénéficier d'aménagements, il faudra bien que quelqu'un sache de quoi vous avez besoin.

Quelques façons de s'y prendre :

  • Parler de besoins plutôt que de diagnostic. « Pour suivre les réunions, j'ai besoin d'un compte rendu écrit et d'un tour de parole » est plus utile qu'un long exposé médical.
  • Passer par le bon interlocuteur. Le référent handicap, s'il existe dans l'entreprise, ou la médecine du travail, qui peut préconiser des aménagements et vous conseiller sur ce que vous souhaitez partager.
  • Proposer des solutions concrètes. Un employeur répond mieux à une demande claire, chiffrée si besoin, qu'à un problème flou.
  • Mettre vos demandes par écrit. Cela garde une trace, et facilite les démarches de financement.
  • Choisir le moment. Certaines personnes en parlent dès l'embauche, d'autres après la période d'essai. Les deux choix sont légitimes, et il n'y a pas de bonne réponse unique.

Qui peut vous accompagner ?

  • Le médecin du travail : il peut proposer des adaptations du poste et en discuter avec l'employeur.
  • Cap emploi : un réseau qui accompagne les personnes en situation de handicap dans leurs démarches d'emploi, et les employeurs dans les aménagements.
  • L'Agefiph : pour les aides financières. Son site propose aussi une plateforme de mise en contact en LSF, accessible depuis la rubrique « Accès sourds et malentendants ».
  • Surdités Info Service : un service d'information, d'écoute et d'orientation gratuit (0 805 800 808, du lundi au jeudi). Il est accessible par un service d'interprétation en LSF, de codage LfPC ou de sous-titrage en direct, et le site est accessible en LSF.
  • La communauté : les personnes qui ont déjà fait ces démarches sont souvent les mieux placées pour répondre à des questions très concrètes.

À retenir

  • La RQTH est une démarche personnelle et non obligatoire, qui ouvre des droits et des aides.
  • Elle se demande à la MDPH, avec un délai de réponse de 4 mois, d'où l'intérêt de s'y prendre tôt.
  • Les aménagements (transcription, interprète, matériel, organisation) compensent le handicap et ne sont pas un traitement de faveur.
  • Des aides de l'Agefiph existent, dont une aide humaine qui cite l'interprète LSF et peut aller jusqu'à 4 200 euros.
  • Vous décidez de ce que vous partagez, et à qui.

Cet article donne des informations générales et ne remplace pas l'avis d'un conseiller en emploi, d'un juriste ou du médecin du travail.

Et si on en parlait entre nous ?

Sur Sourdosphère, des salariés, des indépendants et des chercheurs d'emploi sourds et malentendants partagent leurs expériences : comment ils ont parlé de leur surdité, quels aménagements ont fonctionné, quelles démarches ont été longues ou faciles. Rien ne vaut un retour de quelqu'un qui est passé par là.

Et vous, quel aménagement a changé votre quotidien au travail, ou quelle démarche vous a posé problème ? Racontez-le à la communauté Sourdosphère : votre expérience servira à quelqu'un qui hésite encore à se lancer.

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